Allô les jeunes

Pour une transmission humble entre générations  

J’aime écouter. Ma mère était infirmière à domicile. Elle nous racontait souvent le temps passé chez ses patients à entendre des vies, des passions, des tracas, des solitudes. Sa frustration aussi de devoir aller vite et de laisser en l’air des récits émouvants. Cela restait mystérieux pour moi. Plus tard, j’ai accepté ma vocation artistique et me suis intéressé notamment à la prise de son, au montage radiophonique, aux paysages sonores. A 28 ans, j’ai vécu une expérience intense et bouleversante en devenant écoutant chez SOS Amitiés. L’écoute est alors devenue centrale dans ma propre vie.

À 29 ans, c’est en parlant avec ma propre grand-mère qui déborde de souvenirs d’enfance, avec un voisin très seul souhaitant m’apprendre tout sur les abeilles, avec des anciens respectés sous les yourtes mystérieuses de Mongolie, avec des aides à domicile en France qui ne se sentent pas considérées dans leur fonction d’écoutantes, que j’ai réalisé à quel point la transmission est, comme la reproduction, un besoin biologique primaire. C’est donc naturellement que j’ai décidé de rendre visite à ces “anciens”, ces “vieux”, ces vestiges oubliés de la sagesse. Chez eux, j’écoute, le temps qu’il faut, je parle peu. Puis j’essaie de créer des vignettes sonores qui me touchent en tant que jeune et qui respectent ce que j’ai perçu de leur personnalité.

Le téléphone a été trafiqué dans un sous-sol obscur par M. Dorian Vieux-Pernon, musicien et électrotechnicien. Cette œuvre est en création perpétuelle dans le fond comme dans la forme et se nourrit des rencontres en chemin. Mes microphones et le(s) téléphone(s) “Allô les Jeunes” sont prêts à accueillir encore de nombreux témoignages pour que que jamais ne se coupe le fil ténu de la transmission.


Vincent Tournoud